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Lundi 17 décembre 2007
Quelles perspectives actuelles pour l’action révolutionnaire ?
 
Si reste valable l’idée que « la révolution est impossible sans une crise nationale affectant exploiteurs et exploités », (Lénine, La maladie infantile du communisme), quelle théorie révolutionnaire pour un nouveau mouvement révolutionnaire ?
 
1) Rejet de l’idée de révolution, un aspect de l’idéologie dominante
1-Par la lutte idéologique pour déshistoriciser les rapports sociaux et faire de la réalité du capitalisme le cadre indépassable de l’aventure humaine
2-A travers la conception réformiste de l’antagonisme capital / travail qui ne pourrait être dépassé (le capitalisme comme ultime forme sociale car elle seule a conquis le monde, ralliement à « l’économie de marché »)
3-D’une manière théoriquement plus subtile en opposant de façon abstraite gouvernement et révolution : « Que toutes les révolutions connues dégénèrent, ce n’est pas un hasard ; c’est qu’elles ne peuvent jamais, comme régime institué, être ce qu’elles étaient comme mouvement… Les révolutions sont vraies comme mouvement et fausses comme régimes »
4-En liant révolution et totalitarisme : Arendt (Les origines du totalitarisme), le caractère utopique de toute révolution mène nécessairement au totalitarisme (opposer le caractère démocratique et pacifique de la révolution américaine à l’idéal sanguinaire de la « vertu » de l’Incorruptible) ; voir aussi F.Furet
 
2)-Quelles nouvelles perspectives révolutionnaires ?
1-Nécessaire retour à Gramsci pour repenser le concept et la pratique de la transformation au cœur de la « révolution passive » du capitalisme global :
1-le concept gramscien de révolution passive, ou « révolution sans révolution », peut être appliqué à l’étude de tous ces phénomènes de profondes mutations économiques, sociales, culturelles directes ou gérées par les classes dominantes, accompagnées d’une lutte idéologique intense qui vise à favoriser l’adéquation passive des mentalités et des habitudes collectives aux exigences économiques dominantes.
exemple : le fascisme mussolinien qui serait « la forme de révolution passive propre au XXème siècle comme le libéralisme l’a été au XIX ème »
2-la question centrale de l’hégémonie, à la fois comme concept et comme perspective stratégique : parvenir à l’hégémonie (matériellement possible) des producteurs et des classes subalternes (= masses populaires) dans la mesure où elle est la condition permanente d’une société politique qui règle les conflits de classe par un pouvoir fondé sur la force et lié aux rapports de production
3- la condition permanente d’une société politique qui règle les conflits de classe par un pouvoir fondé sur la force et lié aux rapports de production
4--Chez Gramsci, passage d’une vision de la transformation révolutionnaire centrée sur la prise du pouvoir (cependant non négligée !) à une autre centrée sur la lutte pour l’hégémonie : l’antithèse gramscienne entre domination et subalternité permet d’affronter la question du rapport entre le conflit originel capital / travail et les conflits qui aujourd’hui apparaissent à propos de l’environnement, de la sexualité, de l’identité culturelle, du féminisme etc .
 
2-Repenser la lutte des classes : les thèses de Jacques Bidet
1-L’idée de départ : la société moderne ne se réduit pas à son « être capitaliste » traditionnel (par exemple la propriété privée des moyens de production, les institutions et les pratiques qui s’y rattachent), mais que la production publique de richesses, débordant ce cadre, est partout considérable grâce aux différents systèmes organisés que sont par exemple l’enseignement, la santé ou l’administration. (l’exploitation du travail humain, et par voie de conséquence la lutte des classes prennent donc nécessairement des formes nouvelles).
2-La classe capitaliste dominante « comporte donc deux pôles, l’un autour du procès marchand, l’autre autour du procès organisationnel. L’un où fonctionnent des titres de propriété » (rôle des actionnaires etc.), « l’autre où s’exhibent les titres de compétence reconnue »
3-Ainsi, la classe dominante ne peut exister, maintenir et accroître sa domination que par l’articulation de ces deux pôles que sont le marché et l’organisation, deux fonctions corrélatives mais néanmoins distinctes  (l’actionnaire ne pourrait pas exploiter le travailleur sans le concours nécessaire du gestionnaire)
4-Situation nouvelle aujourd’hui : le monde ouvrier a perdu sa centralité, sa place stratégique dans la production qui faisait de lui un élément moteur : la lutte des classes n’a donc pas disparu, mais présente des formes spécifiquement modernes qu’il propose de penser, approfondissant et reconstruisant ainsi l’édifice théorique de Marx, à partir des relations complexes d’opposition entre la classe dominante et, nouveauté théorique, ce qu’il appelle la classe fondamentale qui se définit comme « l’ensemble de ceux dont le travail est exploité à travers le rapport de classes spécifiquement moderne, formant de fractions selon qu’y prédomine le marché (paysans, artisans etc.), l’organisation (salariés du public), ou que les deux facteurs s’y conjuguent plus étroitement (salariés du privé). Ils forment une seule classe, que je désigne comme la classe fondamentale. ».
 
3-Le « communisme » est mort, vive le communisme (L.Sève)
1-Ce que Marx a pensé sous le mot de communisme n’a à peu près rien à voir avec le « communisme » : c’est pour lui « le mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant »
-vers le dépassement du capitalisme comme dernière forme d’une société de classes vers une société sans classes
-par la résorption de toutes les grandes aliénations historiques du genre humain
2-Le communisme comme seule alternative à ce capitalisme qui conduit l’humanité à sa perte : parce qu’il est mise en privé universelle il prive en conséquence les êtres humains de la maîtrise collective de leurs conditions d’existence et de leurs puissances sociales (avoirs, savoirs, pouvoirs), est donc la forme extrême de l’aliénation humaine => urgence d’une « insurrection générale en faveur du bien commun »
3-Le caractère de classe du communisme concerne non seulement la classe ouvrière mais toutes les forces collectives et individuelles avides de désaliénation : nécessité de rompre avec la culture révolutionnaire traditionnelle (est caduque par exemple l’idée de la conquête du pouvoir d’Etat comme préalable d’une transformation sociale par en haut)
4-Cette désaliénation est inévitablement un processus long hors de portée d’un acte révolutionnaire soudain : réfléchir à l’idée d’une « évolution révolutionnaire », processus multiforme et inégal mais poursuivi avec persévérance dans de multiples actions
5-Nécessité d’une forte rupture symbolique avec une façon de faire de la politique qui est épuisée et dont personne ne veut plus : faire de la politique aujourd’hui avec le communisme, c’est avant tout multiplier les initiatives transformatrices désaliénantes sur tous les terrains et avec la participation du plus grand nombre
6-Absolument conserver le communisme et radicalement dépasser le parti : le combat pour l’émancipation sociale ne peut absolument plus se mener dans le cadre de la sujétion militante.
par Jacques Ducol publié dans : philosophie et politique
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Lundi 17 décembre 2007
Se réapproprier de façon critique théories et pratiques historiques
 
1) De la révolution capitaliste à la révolution prolétarienne
La révolution capitaliste, dont la caractéristique essentielleest l’appropriation privée du produit social qui conduit à l’opposition du prolétariat et de la bourgeoisie, peut conduire, dans des conditions différentes propres à chaque pays, au développement de la révolution prolétarienne, point de départ et moment fondamental du mouvement vers la société sans classes ou société communiste. Car pour Marx, le communismen’est « ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes » (IA, 64), mouvement qui nécessairement« bouleverse la base de tous les rapports de production et d’échanges antérieurs »
 
2)-Les leçons d’une révolution prolétarienne et populaire : la Commune de Paris
Pour Marx et Engels, « la Commune de Paris, c’était la dictature du prolétariat ». En recherchant des formes nouvelles par lesquelles pourrait s’exprimer la souveraineté populaire dont la force dominante mais non exclusive repose sur les ouvriers (rôle des organisations les plus diverses, décision d’élire un Conseil Général de la Commune qui, « exécutif et législatif à la fois » (Marx), la Commune de Paris, « être collectif concentrant toutes les forces sociales », est bien la première tentative révolutionnaire pour s’attaquer concrètement au problème de la transformation fondamentale des rapports sociaux de production.
 
3)-Quelques remarques à propos de conceptions anciennes
Peut-on de nos jours, comme c’était rappelé dans le « marxisme-léninisme » officiel en URSS, encore faire de la question du pouvoir la question essentielle de toute révolution ? Peut-on accepter que le rôle de l’homme nouveau dans la nouvelle société se réduise à « comprendre la politique du parti et du gouvernement et à savoir la mettre en pratique », et que la nécessaire révolution culturelle se fasse « d’en haut, sur l’initiative et sous la direction du Parti communiste et du pouvoir, avec le concours actif de millions d’ouvriers, de paysans kolkhoziens et d’intellectuels » ? Même si le PCF avec Waldeck Rochet  en 1967 (Qu’est-ce qu’un révolutionnaire dans la France de notre temps ?) a proposé certaines nouveautés, notamment l’idée d’une « lutte pour la démocratie jusqu’au bout, c’est à dire [d’une] lutte pour la transformation socialiste de la société » (32), il reste prisonnier d’une théorie fondée sur la centralité de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier, ce qui aujourd’hui pose problème.
par Jacques Ducol publié dans : philosophie et politique
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Lundi 17 décembre 2007
Introduction
 
A l’époque de la globalisation capitaliste, et à la suite de l’échec de la plupart des tentatives de « construction du socialisme », ne faut-il pas renouveler notre conception de la révolution ? Ne faut-il pas procéder à une « réforme de la révolution », c’est à dire, pour reprendre les termes de Lucien Sève, penser le nécessaire mouvement de désaliénation de l’humanité comme « évolution révolutionnaire » ?
 
I / Anatomie du terme
 
1) L’étymologie ( revolutio, revolvere, retour, révolution, revenir, rouler en arrière) qui renvoie au domaine de l’astronomie ne se retrouve plus dans l’acception courante du terme
2) Les différentes définitions proposées dans les dictionnaires les plus courants évoquent l’idée de changements importants dans l’ordre économique, social, moral d’une société, de renversement d’un régime politique qui amène de profondes transformations dans les institutions d’une nation (cf. 1789), de bouleversement brusque et généralement violent en vue de reconstruire la société sur des principes nouveaux (politique, économique, moral, religieux …) opposés à ceux du régime renversé, de substituer un ordre nouveau à un ordre ancien
3) Cependant, jamais la révolution n’est pensée en termes de lutte de classes 
 
II / La révolution comme dialectique de la rupture et du processus
 
1) Un héritage de la philosophie politique des Lumières : la dialectique Evolution / Révolution
Si l’idée de germes qui mûrissent progressivement se trouve déjà dans l’Esprit des Lois de Montesquieu (« Il faut quelque fois bien des siècles pour préparer les changements ; les événements mûrissent et voilà les révolutions », Livre XXVIII, chapitre.39), ce sont surtout Hegel - d’un point de vue philosophique (« Du reste il n’est pas difficile de voir que notre temps est un temps de gestation et de transition à une nouvelle période … l’esprit qui se forme mûrit lentement et silencieusement jusqu’à sa nouvelle figure, désintègre fragment par fragment l’édifice de son monde précédent … Cet émiettement continu qui n’altérait pas la physionomie du tout est brusquement interrompu par le lever du soleil qui, dans un éclair, dessine en une fois la forme du nouveau monde », Phénoménologie de l’Esprit, Préface, tome I, p.12°) - et Tocqueville - d’un point de vue historique («  La France n’a point déposé autour d’elle les germes de la révolution, elle y a développé ceux qui y étaient déjà ; elle n’a point été le dieu qui crée, mais le rayon de soleil qui fait éclore », L’Ancien régime et la Révolution, p 45) - qui vont essayer de penser le mouvement révolutionnaire à partir de la dialectique de l’évolution et de la révolution, de la quantité et de la qualité.
 
2) Dépassement critique de cet héritage
1-Mais c’est dans la Préface à la Contribution à la critique de l’Economie politique que Marx propose un dépassement critique de ces conceptions : « A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une période de révolution sociale… ». C’est dire que toute révolution doit être pensée par rapport à la lutte des classes puisque « toute lutte révolutionnaire est dirigée contre une classe qui a dominé jusqu’alors » (Idéologie allemande)
2-Cependant, cela suppose une certaine conscience politique, déjà aperçue par Tocqueville (« La …la première elle a vu clairement ce qu’elle voulait faire… »), mais véritablement théorisée par Marx pour qui est nécessaire « la formation d’une masse révolutionnaire qui fasse la révolution non seulement contre les conditions particulières de la société passée, mais contre la « production de la vie » antérieure à elle-même » (IA, 70)
 
3) Pourquoi ces « périodes de révolution sociale » qui s’ouvrent ont-elles des rythmes différents ?
1-L’analyse comparative du développement de l’Angleterre et de la France montre, selon Engels (Anti-Dühring), que ce sont les conditions historiques particulières expliquent les formes différentes que prend la révolution : « Tandis qu’en France l’ouragan de la révolution balayait le pays, un bouleversement plus silencieux mais non moins puissant s’accomplissait en Angleterre… » (p.300). Il y a un temps de la révolution qui peut être plus ou moins long selon les circonstances : la révolution n’estpas « quelque chose qui peut se faire du jour au lendemain » (Engels), ce que Lénine approfondira en parlant de « bonds qualitatifs » qui peuvent s’étendre « à des périodes de dix ans et parfois plus ». Ce que déjà Tocqueville avait commencé à penser à propos de la Révolution française, révolution totale puisque son objet a été « d’abolir la forme ancienne de la société » ;
 
par Jacques Ducol publié dans : philosophie et politique
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