Gilbert Déverines : Mon front Populaire.

Publié le par Gilbert Deverines

Plutôt Hitler que Blum


Des questions

Adolescent j´avais plutôt entendu plutôt Hitler que le Front Populaire pour caractériser l´attitude de la grande bourgeoisie française à partir de la moitié des années trente. Attitude confirmée après le succès électoral de la gauche aux élections législatives de mai 1936 et de l´accession de Léon Blum à la présidence du Conseil des ministres.

Il y a deux ou trois ans j´ai lu L´Etrange défaite que Marc Bloch écrivit à chaud en juillet-août 1940. Quelques jours avant d´être arrêté par la gestapo en mars 1944, Marc Bloch, prolongeant ses réflexions de juillet 1940 écrivait :

Le jour viendra en effet et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l´Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l´Europe en détruisant de nos propres mains tout l´édifice de nos alliances et de nos amitiés. Les responsabilités des militaires français ne peuvent se séparer sur ce point de celles des politiciens comme Laval, des journalistes comme Brinon, des hommes d´affaires comme ceux du Creusot, des hommes de mains comme les agitateurs du 6 février (1934 ndlr)...

Plus récemment, j´ai commencé à lire d´Annie Lacroix-Riz : LE CHOIX DE LA DEFAITE - Les élites françaises dans les années 1930 ; ouvrage remarquable de 650 pages. Celle-ci au terme d´un travail de plusieurs années sur des fonds d´archives internationaux, accessibles pour certains depuis 1999 seulement, répond à l´interrogation de Marc Bloch...

Je n´utiliserai, au cours de cette communication, que la partie concernant le Front Populaire, soit de 1935 à 1938.

Le Front Populaire, j´en ai tant entendu parler... depuis 71 ans, au moment où j´écris ces notes !

Mon Front Populaire

La période du Front Populaire correspond à mon éveil politique dans un milieu familial de métayers socialistes, à Arnac la Poste , commune de Haute-Vienne limitrophe de la Creuse. Deux oncles vont contribuer en mai 1935, à conquérir la municipalité, le grand oncle François sera maire, l´oncle Fernand, qui codirige la ferme et qui était l´initiateur de la liste dite des métayers, sera premier adjoint. Tout le conseil municipal sera révoqué par Pétain en août 1940
En novembre 1936 mes grands parents vont participer à Lille, avec des dizaines de milliers de militants, aux obsèques de Roger Salengro, ministre de Léon Blum qui s´est suicidé à la suite d´une campagne de calomnies de la droite.
En juin 1936, Bardon le député de droite, natif de la commune et camarade d´école de l´oncle Louis, est battu au second tout par l´instituteur socialiste Tessier après le désistement du candidat communiste Gabriel Citerne. Le banquet socialiste de la circonscription a lieu sur le champ de foire de la commune ; l´Internationale, encore peu connue à la campagne est chantée par mon jeune oncle Roger, sans micro. En ce jour de fête, tous les hommes valides, même les adolescents, ont quitté la plupart des métairies ; j´ai 8 ans, je suis resté, avec mes plus jeunes soeur et frère, avec les femmes ; les hommes reviendront dans la soirée s´occuper des animaux.
La non-intervention en Espagne fera s´éloigner du parti socialiste mon père, mon grand père et l´oncle Fernand, mais le quotidien socialiste Le Populaire du Centre dont ils ont été actionnaires dès la création arrivera chaque jour porté par le facteur, le grand oncle Alphonse.
Le Front Populaire, au moment des gros travaux agricoles : fenaisons, moissons, labours d´août, il fallait une forte conviction politique pour le soutenir. On espérait que l´Office du Blé réglementerait favorablement la vente de cette précieuse céréale ; en 1935 j´avais questionné : pourquoi tu mets de la poudre bleue dans les grains de blé ? et mon grand-père de répondre : on ne peut pas le vendre, il faut le dénaturer pour être, peut-être, un peu indemnisé...
Sur le chemin de l´école je me dispute avec mon meilleur copain Raymond, fils de petit propriétaire ; je manifeste : vive la semaine de 40 heures ; il me houspille : vive la semaine anglaise ; mais ni l´un ni l´autre de savions bien ce que représentaient ces formules.
La semaine de 40 heures va pourtant bouleverser mon existence. : début 1937, la Compagnie des chemins de fer du PO (Paris-Orléans) embauche pour appliquer cette loi sociale. Mon père passe avec succès le concours, nous quittons la métairie vers une vie semi urbaine qui deviendra totalement urbaine à Limoges quelques années plus tard. C´est la première migration vers la ville d´une famille rurale dont les aïeux sont installés dans la même ferme depuis 1853.

De la naissance du Front Populaire aux élections législatives

Cette période qui a fait l´objet de beaucoup de publications, de conférences et d´expositions..., je ne ferai que l´évoquer, on en trouvera en annexe les grandes étapes d´une chronologie sommaire .

Nous sommes à l´époque des manifestations de rue comme forme d´expression populaire de la politique selon l´historienne Danielle Tartakowski

6, 9, 12 février 1934 : manifestations antiparlementaires (fascistes) et contre manifestations républicaines : la France n´est pas l´Allemagne, ni l´Italie, ni l´Espagne,
3 mars : Le Comité des Intellectuels antifascistes,
27 juillet : le pacte d´unité d´action PS-PC,

5 -12 mai 1935 : élections municipales à gauche,
14 juillet : serment du Rassemblement populaire : « le pain, la paix, la liberté »
6 décembre : dissolution des groupes paramilitaires,

12 janvier 1936 : programme du Rassemblement populaire,
25 mars : congrès de réunification syndicale CGT-CGTU,
5 mai : victoire de la gauche au 2è tour des législatives,
5 juin : début du gouvernement Blum,

L´agressivité des droites ... « pour la première fois, la France , vieille nation gauloise va être gouvernée par les juifs ... » (citation faite de mémoire du discours d´un député de droite lors de la séance d´investiture à la Chambre des députés).

Les grèves avec occupation des lieux de travail

La « spontanéité » du mouvement. Extension nationale essentiellement dans les sites industriels...

La grande crainte du patronat devant la mise en cause de son droit de propriété le conduit à implorer Blum de faire cesser vite les occupations d´entreprises, conduit aux accords Matignon (7 juin) et aux lois votées les 11 et 12 juin.

Jusque-là le mouvement est populaire. Il s´est développé dans une heureuse combinaison d´action du syndical, du politique, des initiatives de base, des comités. Il a amené des remises en cause (de la France des soviets les 9 et 12 février 34 à la défense de la République bourgeoise mais sociale du serment du Rassemblement populaire le 14 juillet 35 : pour le Pain, la Paix , la Liberté ).

18 juillet, la guerre d´Espagne : inquiétude et questionnement « la paix »?
1er août : Blum propose la non intervention en Espagne.

Les grèves continuent sporadiquement en province jusqu´en septembre-octobre...

Pourquoi avoir intitulé cette communication
« Décembre 1936, début de la fin du Front Populaire ?

Parce qu´en décembre 36 commence à apparaître la fêlure dans la majorité et que la pression des droites infléchit efficacement la politique du gouvernement.
Deux indices, entre autres :
- en décembre 36, les difficultés financières, malgré la dévaluation de septembre, conduisent au lancement d´un emprunt, alors que le gouvernement refuse de prendre des mesures contre la fuite des capitaux,
- 4 décembre : les députés communistes s´abstiennent dans le vote sur la politique étrangère dominée par la non intervention en Espagne, les tentatives de compromis à l´égard de l´Allemagne et de l´Italie, les pressions financières de la Grande Bretagne et des Etats Unis
Bientôt confirmés par deux autres
- En février 37, Blum annonce « la pause » dans le domaine des réformes sociales (la retraite pour tous les anciens salariés est abandonnée...)
- Le 16 mars : à Clichy, plusieurs morts de gauche par la police à la suite d´une manifestation contre la tenue d´une réunion de la droite fascisante.

Fin décembre 1936, précède la période de mars 1936 à avril 1938 que des historiens dénomment l´agonie du Front populaire.

La reconquête par le patronat et la droite

Elle va prendre deux formes :

L´une publique : campagnes de presse, reconstitution des ligues de droite dissoutes sous formes organisations, manifestations...
L´autre, plus discrète : création d´organisations secrètes, l´utilisation de l´appareil d´Etat, contacts internationaux de tous ordres : politiques, économiques, financiers, subversifs avec l´Angleterre, l´Allemagne, l´Italie. C´est sur ce second aspect qu´A.L-R apporte le plus de révélations dans le chapitre 6 de son livre intitulé La priorité de l´ennemi intérieur : une stratégie de guerre civile...

L´action publique de la droite et du patronat

Dresser les classes moyennes contre le Front Populaire est l´objectif visé.
La propagande dans différents médias : journaux, radios, réunions, débats parlementaires, développe les thèmes anticommunistes et antijuifs en termes souvent orduriers : la France est au bord de la soviétisation, les communistes se sont emparés des usines, les partageux à la campagne veulent supprimer la propriété, l´Office du blé va perquisitionner les greniers dans les fermes, les communistes vont absorber le parti socialiste trop faible pour résister, les juifs dirigent l´économie et la banque.
Quand commence la guerre d´Espagne la propagande contre l´internationalisation du complot judéo-communiste ne connaît plus de bornes. Les anarchistes espagnols s´en prenant au clergé et aux églises, les milieux catholiques vont suivre le mouvement (Mauriac, Bernanos...) Ce n´est qu´après la destruction par le bombardement de Guernica que ces deux écrivains très influents modifieront quelque peu leur position.
Des journaux comme Gringoire manient sans mesure les calomnies dont une conduira au suicide du ministre de l´intérieur Roger Salengro.
Les organisations qui remplacent les Ligues dissoutes recrutent largement : le PPF (Parti populaire français) du colonel De Laroque remplace les Croix de Feu et regroupe 600 000 adhérents ; Le PSF de l´exclu communiste Doriot 150 000. Des syndicats professionnels se créent pour s´opposer à la CGT , ils partagent leur siège avec celui du patronat. Chez Renault un syndicat des contremaitres et chefs d´équipe se crée avec plusieurs milliers d´adhérents mécontents des modifications de leur rôle de garde-chiourme du fit de la liberté syndicale obtenue par les Accords Matignon ; ce syndicat déclenche même une grève, peu suivie.

La CGPF, Confédération générale de la production française devient la Confédération générale du patronat français, elle élimine de sa direction certains de ceux qui ont trop facilement cédé lors des Accords Matignon. Mais la CGPF reste dominée par le grand patronat. Dans nombre de circonstances, les grands industriels sabotèrent la production, et freinèrent la timide nationalisation des usines d´armements.

Bien que nationalisée, la Banque de France reste dominée par les grands financiers. L´assemblé générale des actionnaires du 15 octobre nomme à la tête de l´association le cagoulard Lemaigre-Dubreuil administrateur de la Royal Dutch , directeur-propriétaire des Huiles Lesieur, président de la Fédération des contribuables, lié aux grands capitalistes Mercier, de Wendel, Ansaldo-Goering.
Cette Association des actionnaires va mener campagne internationale contre la Banque soviétisée, le financement des dépenses sociales décidées par le gouvernement etc. Ces campagnes favorisent la fuite des capitaux et conduiront à placer la dévaluation du 27 septembre 36 sous le contrôle des capitalistes anglais et états-uniens.

Les armes discrètes de la droite et la grande bourgeoisie

C´est dans ce domaine que le livre d´AL-R rapporte le plus de faits nouveaux révélés par les archives qui confirment et souvent amplifient les hypothèses d´historiens et de politologues.

Le rôle de la haute administration : Sous la IIIè République , la fréquence des crises gouvernementales fait que les chefs de la haute administration sont devenus les véritables ministres permanents : A.L-R en veut particulièrement au secrétaire général du Quai d´Orsay : Alexis Léger (connu aussi sous son pseudonyme poétique Saint-John-Perse) qui manigance avec les chancelleries anglaises, allemandes et italiennes. Le même organise le vote de la France à la Société des Nations, le 1er juillet en faveur de la réintégration de l´Italie qui en avait été exclue à la suite de l´annexion de l´Ethiopie.
Le 26 décembre, l´ambassadeur François Poncet assure à son interlocuteur Gaus, représentant le gouvernement nazi que l´aile communiste de la majorité parlementaire qui avait pu en août entraver la poursuite des discussions économiques Blum-Shacht était désormais maîtrisée (et que) le gouvernement français était capable de poursuivre une politique plus positive visant un accord avec l´Allemagne.
Le 11 décembre, Delbos ministre radical des Affaires étrangères confie à l´attaché d´ambassade allemand que l´affaire espagnole formerait le point de départ d´une nouvelle collaboration germano-française...
La non -intervention n´est pas une politique destinée à préserver la paix en Europe, elle traduit la politique des intérêts des capitalistes français, anglais et allemands qui se sont toujours satisfaits de l´ancien régime espagnol et qui espèrent sa restauration par Franco. Les exemples abondent dans le livre...
En août 1936, malgré une intervention du ministre socialiste Jules Moch, l´administration fait trainer puis refuse une garantie étatique pour une commande du gouvernement espagnol de 70 millions de frs d´achats de produits pharmaceutiques, instruments médicaux et ambulances. Alors même que plusieurs centaines de tonnes d´or de la Banque d´Espagne étaient entreposées à l´agence de la Banque de France à Mont de Marsan depuis 1931. La Banque de France refusera toujours de remettre cet argent au gouvernement républicain espagnol ; c´est Franco qui en bénéficiera en 1939.
Les réunions d´Etat-major des armées française et anglaise font assaut d´anticommunisme et d´antisoviétisme et c´est sous cet angle qu´est présentée favorablement la rébellion franquiste contre le gouvernement légal républicain. Les services secrets français et anglais tiennent leur hiérarchie militaire et civile parfaitement au courant des effectifs, des avions, des vaisseaux et des chars italiens et allemands engagés en Espagne. Ils connaissent aussi les quelque 180 officiers français d´active ou de réserve engagés dans les rangs franquistes.
Sans doute y eu-t-il des fonctionnaires et haut fonctionnaires républicains, notamment dans le cabinet du ministre radical Pierre Cot et dans l´administration des douanes qui permirent l´acheminement de l´aide en matériel venant de France...sans commune mesure avec l´aide aux franquistes.

Les sociétés secrètes et les assassinats ciblés

A.L-R liste les sociétés plus ou moins secrètes qui se sont formées et agissent impunément en France au premier rang La Cagoule pour les sabotages, les mauvais coups, les provocations. La Cagoule ne manque pas d´argent : des gros industriels (le parfumeur Coty, Michelin, Lemaigre-Dubreuil...), des fascistes, surtout italiens et franquistes. On lui impute l´attentat contre le siège de la confédération patronale (véritable provocation digne de l´incendie du Reichstag), les assassinats de plusieurs démocrates italiens réfugiés en France et la provocation des Clichy en mars 1937 avec plusieurs morts.
Il faudrait consacrer toute une soirée à traiter de la Synarchie ; cette société, qu´on peut comparer à l´actuel Opus dei a pour objet de pénétrer toutes les instances du pouvoir d´Etat, des entreprises, et même de certains milieux syndicaux et politiques pour exercer le pouvoir. On retrouvera plus tard maints de ses affiliés dans les instances du gouvernement de Vichy et même dans l´environnement du général De Gaulle à Londres et à Alger. En 1936 elle tisse sa toile dans tous les milieux où elle peut combattre les initiatives du Front Populaire et influencer les décisions gouvernementales dans un sens favorable aux intérêts de la grande bourgeoisie.

Le mouvement social et antifasciste désorienté ?

Le mouvement social qui a fait trembler la bourgeoisie commence à se diviser. Les avancées sociales n´ont pas encore atteint les entreprises dans tout le pays. Plus le temps s´écoule, plus le patronat ne renforce sa résistance, encouragé par les difficultés politiques de la coalition gouvernementale.
Des grèves, sporadiques, ont lieu (dans le bâtiment en Touraine) qui entretiennent un climat de mécontentement dans les catégories non salariées encore importantes. La dévaluation de septembre a atteint les revenus des petits rentiers et les met à l´écoute de la propagande de la droite.
La base sociale du parti radical est ébranlée.

Les échos de la guerre d´Espagne (propagande des deux côtés) inquiètent.
Même à gauche les sentiments sont partagés entre la solidarité et la crainte. Le parti communiste, toujours en dehors du gouvernement, est bien isolé, en tant que parti politique, dans le soutien à la République espagnole. Les premiers volontaires pour aider la République espagnole sont partis en août 1936. En octobre, les Brigades internationales sont créés. Dans leur grande majorité ce sont des ouvriers, des communistes, des syndicalistes CGT, quelques socialistes, dont Rolland Delalay. Le premier mort tourangeau sera Alain Blain dans les derniers jours de décembre 1936.

Quelles perspectives ?

Du mot d´ordre du Rassemblement populaire : le pain, la paix, la liberté, le pain a été assuré par les luttes et les lois de mai à juillet, la liberté n´est pas encore vécue comme menacée, la paix est compromise par la guerre d´Espagne et sert d´alibi à la non intervention.

Le patronat est à l´offensive. Pour se protéger des grèves qui reprennent çà et là pour des accords de salaire, l´établissement des conventions collectives ou l´application de la semaine de 40 heures, le patronat a réclamé à cors et à cris une procédure d´arbitrage obligatoire. Mais la CGPF refuse d´en discuter avec la CGT .

C´est le gouvernement Blum qui doit, le 31 décembre prendre la responsabilité d´un texte de loi dont l´objectif est de se mettre à l´abri des manifestations sociales de mai, juin et juillet.


Est-ce le début de la fin du Front Populaire ? Que va-t-il en rester ?

Annexe :

Chronologie très sommaire du Front Populaire

1934
- 6 février : émeute antiparlementaire (de type fasciste) à Paris - 9 février : première contre manifestation à majorité communiste - 12 février : grève générale dans toute la France à l´appel de la CGT , de la CGTU et des partis socialiste et communiste ; fusion des cortèges - 3 mars : création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes - 27 juillet : pacte d´unité d´action entre les partis socialiste et communiste.
1935 - 5 et 12 mai : élections municipales favorables à la gauche socialiste et communiste - 14 juillet : défilé et serment du Rassemblement populaire - 16 novembre : incidents sanglants à Limoges entre Croix de feux et militants de gauche - 6 décembre : dissolution des organisations paramilitaires.
1936 - 12 janvier : publication du programme du Rassemblement populaire - 13 février : dissolution des ligues d´Action française - 25 mars : congrès de réunification syndicale entre la CGTU et la CGT - 5 mai : victoire du Front populaire au second tour des élections législatives - 26 mai : début des grèves avec occupation des usines - 5 juin : début du gouvernement Blum (socialistes et radicaux, soutenus par les communistes) - 7 juin : accords Matignon - 11 et 12 juin : lois sur les conventions collectives, les congés payés, la semaine de 40 heures - 18 juin : dissolution des Ligues - 21 juin : création du Parti social français par le colonel de la Roque ; il aura bientôt 600 000 adhérents) - 2 juillet : la scolarité est prolongée jusqu´à 14 ans - 18 juillet : soulèvement franquiste contre la République espagnole - 24 juillet : réforme de la Banque de France - 1er août : Blum propose la non-intervention dans la guerre d´Espagne - 11 août : loi sur la nationalisation des industries de guerre - 15 août : loi sur l´Office du blé - 27 septembre : dévaluation du franc - 18 novembre : suicide de Roger Salengro, ministre de l´intérieur - 4 décembre : abstention communiste à la Chambre des députés sur la politique extérieure - 31 décembre : loi sur l´arbitrage obligatoire.
1937 - 13 février : Blum annonce La Pause - 12 mars : lancement d´un emprunt de défense nationale - 16 mars : fusillade de Clichy - 24 mai : inauguration de l´Exposition internationale de Paris - 21 juin : chute du ministère Blum - remplacé par Chautemps (Blum vice-président) - 30 juin : nouvelle dévaluation du franc - 31 août : création de la SNCF - 11 septembre : attentats fascistes - 15 décembre : arrestation de cagoulards.
1938 - 15 janvier puis 10 mars démissions du cabinet Chautemps (remplacé par Blum) - 24 mars : début d´une vague de grèves - 8 avril : chute du cabinet Blum - 10 avril : le cabinet Daladier obtient la confiance de la Chambre des députés à la quasi unanimité - 29-30 septembre : par les Accords de Munich les gouvernements de France et de Grande Bretagne donnent les mains libres à la politique d´annexions d´Hitler et Mussolini - , la 30 novembre : la grève décidée par la CGT à la suite de mouvements sporadiques durant le second semestre est un échec, la répression s´abat sur les militants et détruit nombre de syndicats ; le Front Populaire est définitivement mort.

ILS ont préféré Hitler au Front Populaire. La France entre dans l´avant-guerre mais elle ne le sait pas... la vraie guerre ne tardera pas !


Quand s´ouvre la Conférence de Munich, dans une courte note datée du 26 septembre 1938, Jacques DECOUR écrit notamment :
 

«  Maintenant nous nous préparons à mourir les uns et les autres. Chacun à sa manière, avec la tête entre les mains ou le sourire cabotin et si charmant des Français, ou tous les discours d´un si peu digne bon sens, ou encore le demi-sourire complice ou mystérieux des anges condamnés. Mais chacun n´aura pas nécessairement la mort qui lui ressemble, et plutôt toutes les formes de la mort seront hâtivement appliquées au hasard sur les visages, comme des masques. Comment s´y retrouver ? Et qui restera pour s´y retrouver ? »...

Références:

- Marc Bloch : L´étrange défaite - Gallimard - folio histoire (1990)
- Annie Lacroix-Riz : Le Choix de la défaite, les élites françaises dans les années 1930 - Armand Colin - (mars 2006)
- Antoine Prost : Autour du Front Populaire - Le Seuil, l´Univers historique (avril 2006)
- Dominique Borne et Henri Dubief : La crise des années 30 - Le Seuil, Petite histoire de la France contemporaine (1989)
- Et les souvenirs d´un militant, petit fils de métayers limousins.

Publié dans Histoire et Politique

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