Ressouvenir de Paul et Laura Lafargue

Publié le par J.LBargès

Ressouvenir de Paul et Laura Lafargue
Un révolutionnaire ne devrait-il pas être plus sérieux ?
Peut-être est-ce ce que tentait de lui faire comprendre Marx
Quand ils allaient l’après-midi se promener en compagnie de Laura
Dans les prairies d’Hampstead, au-dessus de Londres,
Et que le Maure, comme l’appelaient familièrement les siens,
Désespérait d’un futur gendre au tempérament si latin,
Et se disait que, décidément, jamais il ne parviendrait à assurer
A aucune de ses filles la sécurité d’un mariage bourgeois.
 
Un militant ouvrier peut-il faire l’éloge de la paresse ?
Peut-être est-ce ce que s’est demandé
Ce travailleur impénitent de Paul Lafargue
Enfermé dans sa cellule à Sainte-Pélagie
Après la fusillade de Fourmies quand il commença à rédiger,
Pour justifier la revendication de la journée de huit heures,
Son célèbre pamphlet : le droit à la paresse
Par lequel il démontre que toute l’histoire de l’humanité
Est l’histoire de la conquête par les travailleurs du droit de se reposer.
 
Un militant révolutionnaire a-t-il le droit de se suicider ?
Sans doute est-ce la question que se sont posée
Beaucoup de ceux qui assistèrent aux obsèques de Paul et de Laura,
Quand ils écoutèrent le discours de Lénine et de Longuet.
Mais eux avaient déjà depuis longtemps répondu
Qui avaient décidé, ne voulant pas un jour se voir diminuer par l’âge,
Et à la charge du mouvement, à soixante-dix ans,
De mettre ensemble fin à leurs jours
Après une soirée dans un bon restaurant de Paris, un spectacle au théâtre
Et une existence de lutte, de misère et de bonheur,
Ils rentrèrent dans leur petit pavillon de Draveil
Prirent un dernier verre et se donnèrent la main.
Puis Lafargue (qui aimait par-dessus tout la vie)
Fit à sa femme qu’il aimait comme sa vie
Une injection d’acide, et se suicida.
 
C’est le jardinier qui les retrouva,
Deux oeillets inanimés jonchant le sol.
 
Poème de Francis Combes, dans « Cause commune »,
Le Temps de Cerises, 2003

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