poser la question du statut du travail salarié en général

Publié le par Cercle Jacques Decour

Il s’agissait aussi de débattre de la question des intermittents, de la situation des créateurs, des interprètes, des techniciens du spectacle vivant, et de poser la question du statut du travail salarié en général 
 
L’ancienne couverture sociale des intermittents du spectacle fonctionnait selon un principe mutualiste de redistribution vers les plus faibles revenus. Les réformes successives de 2003 et de 2006, voulues par les gestionnaires de l’Unedic, sont résolument inégalitaires.
 
Ces réformes se révèlent plus coûteuses que le précédent système.
 
Mais le but clairement avoué par le rapport de la Cour des comptes et par le MEDEF ne se pose pas en termes de coût, mais de réduction des effectifs. « La question n’est pas le déficit, mais le nombre d’intermittents » déclarait ainsi tranquillement M. Gauthier-Sauvagnac, négociateur du MEDEF.
 
Chômeurs, intermittents, intérimaires, vacataires, pigistes, rmistes, stagiaires, travailleurs pauvres, précaires, étudiants sont touchés par le même processus politique :
Pour accélérer les radiations des chômeurs, tout un arsenal de dispositifs de contrôles et de contraintes à l’emploi est mis en place. On fabrique ainsi une nouvelle insécurité sociale faite de course aux cachets, d’acceptation de n’importe quel emploi, de peur du contrôle sous peine de se voir supprimer une allocation.
 
Qui aurait cru qu’après 4 ans de lutte, 4 ans d’actions, de rapports, de missions d’information, de réunions à l’Assemblée nationale ou au ministère, les mêmes soi-disant « partenaires sociaux » allaient signer un texte pire que le protocole du 26 juin 2003 dénoncé par tous ?
 
Ils l’appellent « le protocole du 18 avril 2006 ».
 
Qui aurait cru que 4 ans de réflexions, d’expertises, de propositions seraient balayés d’un revers de main sans même qu’aucune discussion avec les donneurs d’ordre (le MEDEF et la CFDT) ne soit possible ?
 
Comment ne pas être furieusement en colère ?
 
Le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres a répété à de nombreuses reprises : « Le gouvernement ne donnera pas son agrément à un accord qui ne contiendrait pas les 507 heures en 12 mois ». Il nous a menti.
Non seulement aucune de ses promesses n’a été tenue, mais il a supprimé le fonds transitoire versé par l’Etat. Ce fonds avait été obtenu grâce aux actions menées par tous les opposants au protocole de 2003 ; il a permis de « rattraper » 40000 exclus, leur évitant de basculer au RMI. Et ce ne sont pas les pansements que l’Etat a cru nécessaire d’ajouter au protocole du 18 avril 2006 qui juguleront l’hémorragie à venir de milliers d’intermittents radiés du système.
  
Poser la question du statut du travail salarié en général :
 
L’emploi ne recouvre pas le travail.
En d’autres termes, l’activité déborde largement le temps de travail effectué sous contrat.
 
Pour un intermittent du spectacle, tous les temps consacrés à la formation, l’élaboration de nouveaux projets, la recherche, l’expérimentation, quoique étant une étape indispensable à la création, ne sont pas comptabilisés sur une fiche de paye, mais considérés comme temps chômé.
 
Nous proposons d’arrêter d’opposer de façon binaire emploi et chômage : le temps de non emploi, considéré comme chômé est aussi -sinon plus que le temps en emploi- producteur de richesses.
 
Il s’agit alors de relever le défi que constituent toutes les formes de discontinuité, d’intermittence de l’emploi : repenser les droits sociaux et le revenu au-delà de l’emploi et du chômage.
 
La pérennité des structures est liée de manière indissociable à la pérennité des droits sociaux et des revenus des individus, à leur mobilité que seule la continuité du revenu permet effectivement.
 
Les chômeurs, intermittents, intérimaires, vacataires, pigistes, rmistes, stagiaires, travailleurs pauvres, précaires, étudiants, veulent réformer les droits sociaux des intermittents du spectacle, et plus largement l’assurance chômage. Mais autrement que le MEDEF et la CFDT.
 
Ils proposent un Nouveau Modèle d’indemnisation, qui constitue un au-delà de l’indemnisation chômage, un modèle de garantie de la continuité du revenu en situation de discontinuité de l'emploi.
 
Le Nouveau Modèle peut s’appliquer à tout travailleur engagé par des employeurs multiples, avec un taux de rémunération, et une durée de contrats variables : c’est-à-dire à beaucoup de personnes ne relevant pas des champs de l’intermittence actuelle, mais connaissant une précarité réelle.
 
Le principe du Nouveau Modèle est donc résolument mutualiste. Loin de tout corporatisme ou de défense de privilèges acquis, sa philosophie s’appuie sur la continuité de revenu pour tous, conçue comme bien commun au même titre que le logement, la santé et l’éducation.
 
Les derniers ministres des affaires sociales et de l’emploi, François Fillon et Jean-Louis Borloo se sont pliés aux décisions du MEDEF avouant ainsi leur totale impuissance ou leur parfait consentement.
 
Le temps libre nécessite des supports sociaux. Il s’agit de replacer l’émancipation individuelle et collective au cœur de l’action politique.

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