Révolution d'octobre - Eléments du débat

Publié le par Cercle Jacques Decour

Débat sur la Révolution d'octobre

Ce qui est venu dans le débat après l'exposé sur la Révolution d'octobre 1917 en Russie :

  • Il y a eu rapidement interdiction des partis, l'interdiction des fractions etc. Au fond, il s'agissait déjà de l'interdiction de penser autrement ! Surtout quand on pense qu'il s'agissait de l'interdiction de partis soviétiques, qui avaient participé à la révolution.
  • "le parti doit diriger en lieu et place du prolétariat". C'est à dire qu'une minorité au pouvoir pourra décider à la place du peuple, à la place de tous ?
  • En se séparant ainsi de la base sociale, la bureaucratie deviendra le seul élément de gouvernement.
  • La question que nous nous posons : le ver du stalinisme, de la dégénérescence de la révolution était-il dans le fruit dès le début ?
  • La Tcheka était-elle autre chose qu'un pur outil de répression ? "L'une des plus graves erreurs des bolcheviks" diront certains.
  • Que devient au cours de la révolution, après la NEP, le prolétariat révolutionnaire ?

Il serait trop long de citer toutes les interventions, mais peut-être peut on évoquer, pour résumer quelques unes d'entre elles, des citations de militants réflechissant sur le processus révolutionnaire?

"Les bolcheviks ont, de même, posé immédiatement comme but à cette prise du pouvoir le programme révolutionnaire le plus avancé : non pas défense de la démocratie bourgeoise, mais dictature du prolétariat en vue de la réalisation du socialisme. Ils ont ainsi acquis devant l’histoire le mérite impérissable d’avoir proclamé pour la première fois le but final du socialisme comme un programme immédiat de la politique pratique.

 

 

Tout ce qu’un parti peut apporter, en un moment historique, en fait de courage, d’énergie, de compréhension révolutionnaire et de conséquence, les Lénine, Trotsky et leurs camarades l’ont réalisé pleinement. L’honneur et la capacité d’action révolutionnaire, qui ont fait à tel point défaut à la social-démocratie, c’est chez eux qu’on les a trouvés. En ce sens, leur insurrection d’Octobre n’a pas sauvé seulement la révolution russe, mais aussi l’honneur du socialisme international."  (Qui avait soutenu la guerre mondiale, entre autre).

Ecrit Rosa Luxemburg (1918)

Mais elle expose aussi un point de vue théorique critique qui alimente même aujourd'hui les débats sur la transformation sociale:

Dans sa brochure de 1918 sur la Révolution russe, elle s’exprime sur la révolution et la démocratie. En voilà de courts extraits :
"La réalisation du socialisme par une minorité est inconditionnellement exclue, puisque l’idée du socialisme exclut justement la domination d’une minorité...
"L’action constamment vivace de l’opinion et de la maturité politique des masses devrait donc, juste en période de révolution, déclarer forfait devant le schéma rigide des enseignes de partis et des listes électorales ? Tout au contraire ! C’est justement la révolution qui, par son effervescence ardente, crée cette atmosphère politique vibrante, réceptive, qui permet aux vagues de l’opinion publique, au pouls de la vie populaire d’agir instantanément, miraculeusement sur les institutions représentatives...  
Cette action constamment vivace de l’opinion et de la maturité politique des masses devrait donc, juste en période de révolution, déclarer forfait devant le schéma rigide des enseignes de partis et des listes électorales ? Tout au contraire ! C’est justement la révolution qui, par son effervescence ardente, crée cette atmosphère politique vibrante, réceptive, qui permet aux vagues de l’opinion publique, au pouls de la vie populaire d’agir instantanément, miraculeusement sur les institutions représentatives...
Certes, toute institution démocratique, comme toute institution humaine, a ses limites et ses lacunes. Mais le remède qu’ont trouvé Lénine et Trotski — supprimer carrément la démocratie — est pire que le mal qu’il est censé guérir : il obstrue la source vivante d’où auraient pu jaillir les correctifs aux imperfections congénitales des institutions sociales, la vie politique active, énergique, sans entraves de la grande majorité des masses populaires. »...
"La société nouvelle doit s’inventer sans mode d’emploi, dans l’expérience pratique de millions d’hommes et de femmes. Le programme du parti n’offre à ce propos que « de grands panneaux indiquant la direction », et encore ces indications n’ont-elles qu’un caractère indicatif, de balisage et de mise en garde, plutôt qu’un caractère prescriptif. Le socialisme ne saurait être octroyé d’en haut. Certes, « il présuppose une série de mesures coercitives contre la propriété,etc. », mais, si « l’on peut décréter l’aspect négatif, la destruction », il n’en est pas de même de « l’aspect positif, la construction : terre neuve, mille problèmes. » Pour résoudre ces problèmes, la liberté la plus large, l’activité la plus large, de la plus large part de la population est nécessaire. Or, la liberté, « c’est toujours au moins la liberté de celui que pense autrement ». Ce n’est pas elle, mais la terreur qui démoralise : « Sans élections générales, sans une liberté de presse et de réunion illimitée, sans une lutte d’opinion libre, la vie s’étiole dans toutes les institutions publiques, végète, et la bureaucratie demeure le seul élément actif. »
En fait, Rosa Luxemburg expose pratiquement tous les doutes, toutes les mises en question qui ont été exprimés lors du débat.
D'autres révolutionnaires, dès les début de la révolution, ont exprimé les mêmes doutes. Ainsi, P. Monatte, correcteur d'imprimerie ; militant syndicaliste révolutionnaire, fondateur en 1909 de la Vie ouvrière et en 1925 de la Révolution prolétarienne:
"Si nous ne pouvons pas détacher notre esprit de la Russie , c’est qu’elle a été le premier grand essai de révolution socialiste. Un essai qui a malheureusement échoué. Mais pourquoi a t-il échoué ? Par quelles erreurs ? En raison de quelles conditions ? Comment devrons-nous nous y prendre pour réussir là où les Russes ont échoué ?"
Laissons la conclusion très provisoire de ce débat à Mansoor Hekmat, qui a fondé le Parti communiste-ouvrier d’Iran, qui considèrait qu’il n’a jamais existé de pays socialistes, l’URSS et la Chine n’ayant pas aboli le salariat et l’exploitation: "Avec la révolution d’octobre 1917, le mouvement communiste ouvrier, mené par les Bolcheviks, est parvenu à briser le pouvoir d’état de la classe dominante, mettre en place le pouvoir ouvrier et même à battre les efforts militaires de la réaction vaincue pour restaurer son pouvoir perdu. Mais en dépit de cette victoire politique, la classe ouvrière russe a finalement échoué à transformer les rapports de production, c’est-à-dire à abolir le travail salarié et à transformer les moyens de production en propriété commune."

Publié dans Histoire et Politique

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