Penser la Révolution aujourd’hui - Intervention 1

Publié le par Jacques Ducol

Introduction
 
A l’époque de la globalisation capitaliste, et à la suite de l’échec de la plupart des tentatives de « construction du socialisme », ne faut-il pas renouveler notre conception de la révolution ? Ne faut-il pas procéder à une « réforme de la révolution », c’est à dire, pour reprendre les termes de Lucien Sève, penser le nécessaire mouvement de désaliénation de l’humanité comme « évolution révolutionnaire » ?
 
I / Anatomie du terme
 
1) L’étymologie ( revolutio, revolvere, retour, révolution, revenir, rouler en arrière) qui renvoie au domaine de l’astronomie ne se retrouve plus dans l’acception courante du terme
2) Les différentes définitions proposées dans les dictionnaires les plus courants évoquent l’idée de changements importants dans l’ordre économique, social, moral d’une société, de renversement d’un régime politique qui amène de profondes transformations dans les institutions d’une nation (cf. 1789), de bouleversement brusque et généralement violent en vue de reconstruire la société sur des principes nouveaux (politique, économique, moral, religieux …) opposés à ceux du régime renversé, de substituer un ordre nouveau à un ordre ancien
3) Cependant, jamais la révolution n’est pensée en termes de lutte de classes 
 
II / La révolution comme dialectique de la rupture et du processus
 
1) Un héritage de la philosophie politique des Lumières : la dialectique Evolution / Révolution
Si l’idée de germes qui mûrissent progressivement se trouve déjà dans l’Esprit des Lois de Montesquieu (« Il faut quelque fois bien des siècles pour préparer les changements ; les événements mûrissent et voilà les révolutions », Livre XXVIII, chapitre.39), ce sont surtout Hegel - d’un point de vue philosophique (« Du reste il n’est pas difficile de voir que notre temps est un temps de gestation et de transition à une nouvelle période … l’esprit qui se forme mûrit lentement et silencieusement jusqu’à sa nouvelle figure, désintègre fragment par fragment l’édifice de son monde précédent … Cet émiettement continu qui n’altérait pas la physionomie du tout est brusquement interrompu par le lever du soleil qui, dans un éclair, dessine en une fois la forme du nouveau monde », Phénoménologie de l’Esprit, Préface, tome I, p.12°) - et Tocqueville - d’un point de vue historique («  La France n’a point déposé autour d’elle les germes de la révolution, elle y a développé ceux qui y étaient déjà ; elle n’a point été le dieu qui crée, mais le rayon de soleil qui fait éclore », L’Ancien régime et la Révolution, p 45) - qui vont essayer de penser le mouvement révolutionnaire à partir de la dialectique de l’évolution et de la révolution, de la quantité et de la qualité.
 
2) Dépassement critique de cet héritage
1-Mais c’est dans la Préface à la Contribution à la critique de l’Economie politique que Marx propose un dépassement critique de ces conceptions : « A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une période de révolution sociale… ». C’est dire que toute révolution doit être pensée par rapport à la lutte des classes puisque « toute lutte révolutionnaire est dirigée contre une classe qui a dominé jusqu’alors » (Idéologie allemande)
2-Cependant, cela suppose une certaine conscience politique, déjà aperçue par Tocqueville (« La …la première elle a vu clairement ce qu’elle voulait faire… »), mais véritablement théorisée par Marx pour qui est nécessaire « la formation d’une masse révolutionnaire qui fasse la révolution non seulement contre les conditions particulières de la société passée, mais contre la « production de la vie » antérieure à elle-même » (IA, 70)
 
3) Pourquoi ces « périodes de révolution sociale » qui s’ouvrent ont-elles des rythmes différents ?
1-L’analyse comparative du développement de l’Angleterre et de la France montre, selon Engels (Anti-Dühring), que ce sont les conditions historiques particulières expliquent les formes différentes que prend la révolution : « Tandis qu’en France l’ouragan de la révolution balayait le pays, un bouleversement plus silencieux mais non moins puissant s’accomplissait en Angleterre… » (p.300). Il y a un temps de la révolution qui peut être plus ou moins long selon les circonstances : la révolution n’estpas « quelque chose qui peut se faire du jour au lendemain » (Engels), ce que Lénine approfondira en parlant de « bonds qualitatifs » qui peuvent s’étendre « à des périodes de dix ans et parfois plus ». Ce que déjà Tocqueville avait commencé à penser à propos de la Révolution française, révolution totale puisque son objet a été « d’abolir la forme ancienne de la société » ;
 

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