La Révolution, et après ? -Intervention 2

Publié le par Gilbert Deverines

La Révolution avant, pendant, après…
 
 
La tâche première des Révolutions, a consisté, dans chaque pays, à rompre avec l’état existant, à instaurer un nouvel Etat, pour diriger la construction d’une société nouvelle, différente par rapport à l’avant. Ce chemin est toujours difficile…
 
 La nouvelle société est plus ou moins décidée, soutenue, approuvée ou tolérée par des populations. Elle va devoir prendre en charge des réalités intérieures et extérieures, sociales, politiques et économiques héritées du passé… Il est rare qu’un changement révolutionnaire advienne en période de prospérité. Et que les dépossédés admettent aisément leur dépossession… D’où des contradictions …
 
Exemple 1 : la question de la distribution des terres au Brésil et en Afrique du Sud ou comment faire pour respecter l’engagement envers des sans-terre sans affaiblir la productivité agraire qui génère les exportations permettant de faire face aux obligations assumées du remboursement de la dette au FMI et à la Banque mondiale ?
 
            Exemple 2 : Contradictions entre états, rapport entre nationalisme et internationalisme qui expliquent les différences de position par exemple à propos de l’OMC et la concurrence sur le coût du travail et celui du café (Vietnam, Chine…)
            Exemple 3 : La maîtrise des ressources : différences entre celles du Venezuela et de la Bolivie d’aujourd’hui (le pétrole, les minerais) et le Guatemala des années cinquante (United-fruit).
 
Partout les changements sont contrés : dans certains pays, la révolution sociale n’est pas encore consolidée (Bolivie, Venezuela) ; dans d’autres, en dépit de victoire militaire éclatante, (Vietnam), le capitalisme, y compris dans sa version mondialisée, est réintroduit… Ailleurs le nouvel état-nation est tout aussi dépendant de l’ancienne puissance coloniale et la révolution sociale est encore à faire.
 
La révolution est à la fois rupture et processus… elle n’est pas sans retour…la stabilisation du nouvel état n’est pas de l’ordre de temps de la vie d’un homme ou d’une femme…
 
Cela n’est pas nouveau…
 
Platon, bien avant Marx, avait perçu les difficultés de la transformation sociale et la résistance des puissants dépossédés. Dans le livre VIII de La République il envisage que l’Etat de la Cité rationnelle (la nouvelle société) soit menacé…
 «… les gouvernants auront été négligents dans la sélection et l’éducation des guerriers. Le devenir malheureux, du coup, se réintroduit : l’ordre peu à peu se dégrade, la force de la raison s’amenuise et les mauvaises constitutions politiques – ploutocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie – dominent »… « La révolution n’est jamais jouée une fois pour toutes : que serait-elle faite, la lutte continue… les forces antagonistes, provisoirement jugulées, sont toujours présentes…elles ont la capacité constante de réactiver le malheur… »
(Cité par François Châtelet dans Encycloepedia Universalis)

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