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Histoire et Politique

Vendredi 21 mars 5 21 /03 /Mars 18:20

Le mardi 5 février 2008, un exposé sur le P.O.U.M. (Partido Obrero de Unificacion Marxista, Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) a montré que, plus de 70 ans après la révolution espagnole, les discussions historico-politiques sur ce sujet étaient encore d'une brulante actualité.

Quelques éléments de réflexion sur Le POUM
(D’après « Révolution et contre-révolution en Espagne (1936-1938) » De Felix  Morrow)

 

Dans les villes industrielles contrôlées par le P.O.U.M., comme Lerida et Gerona, il aurait suffi d'un seul exemple d'élection de délégués dans chaque usine et chaque entreprise et qui se seraient joints à ceux des détachements ouvriers et des milices, pour créer un parlement ouvrier fonctionnant comme organe dirigeant de cette zone, pour électriser la Catalogne et lancer partout un processus identique.

 

Le P.O.U.M. était la seule organisation qui semblait apte à entreprendre la tâche de construire des soviets.  Ses dirigeants avaient été les fondateurs du mouvement communiste en Espagne.

 Il avait toutefois des carences fondamentales.

 

La fusion des partisans de Maurin (le bloc ouvrier et paysan) avec l'ex-Gauche communiste (trotskyste), dirigée par Andres Nin et Juan Andrade  n'était qu'un amalgame, dans lequel les éléments communistes de gauche avaient adopté un " programme commun " qui ne faisait que reprendre les vieilles conceptions de Maurin, dont Trotsky avait déjà déclaré en juin 1931 :

(" la révolution espagnole en danger "), [... ] Les idées et les méthodes que 1"opposition de Gauche combattit implacablement …trouvent leur expression la plus désastreuse dans le programme de Maurin. [ ... ] Pendant une révolution, un point de départ erroné se traduit inévitablement dans le cours des événements par le langage de la défaite."

(The Mililant, 1" août 1931.)

 

Les premiers résultats de la fusion n'avaient guère été encourageants.  Après des mois de campagne contre la coalition avec la bourgeoisie, le P.O.U.M. était entré du jour au lendemain dans la coalition électorale de février 1936, qu'il l'abandonna après les élections.

 

 Toutefois, beaucoup espéraient du P.O.U.M. qu'il prenne l'initiative d'organiser les soviets.  Nin était maintenant à la tête du parti.  Il avait été en Russie, pendant les premières années de la révolution, un dirigeant de l'Internationale syndicale rouge.  

 

 Les travailleurs du P.O.U.M., bien formés politiquement, jouèrent un grand rôle, parfaitement disproportionné à leurs forces, en s'emparant de la terre et des usines dans les premières semaines de la révolution.  Comptant près de 8 000 membres à la veille de la guerre civile, le P.O.U.M. s'accrut rapidement, tout en demeurant principalement une organisation catalane.  Dans les premiers mois, il quadrupla le nombre de ses membres.  Son influence augmenta plus vite encore, comme en témoigne à l'évidence le recrutement de plus de 10 000 miliciens sous son drapeau.

Quelques erreurs stratégiques : avec la CNT, à l’international…

Le P.O.U.M. envoya ses militants dans l'U.G.T. catalane, plus petite et hétérogène, au lieu de lutter pour la direction des millions de membres de la C.N.T. Il organisa ses propres colonnes dans la milice, circonscrivant ainsi son influence, au lieu d'envoyer ses forces dans les énormes colonnes de la C.N.T., qui rassemblait déjà les sections décisives du prolétariat.  

 

La Batalla n'attaqua ne lança pas une seule attaque de principe contre la direction CNT/AIT, même quand les anarchistes acceptèrent l'expulsion du P.O.U.M. de la Generalidad.  

 

Loin de conduire à l'unité d'action avec la C.N.T., ce cours erroné permit à la direction de la C.N.T.-F.A.I. de tourner le dos au P.O.U.M. sans dommage.

 

Plus d'une fois, du temps de Marx et d'Engels et dans les premières années du Komintern, une direction nationale faible s'était vue corrigée par ses collaborateurs internationaux.  Mais les liens internationaux du P.O.U.M. se situaient sur sa droite.  Le " Comité international de l'unité révolutionnaire socialiste ", principalement l'I.L.P. en Angleterre et le S.A.P. en Allemagne. Le S.A.P. devait bientôt se tourner lui-même vers le Front populaire, tandis que l'I.L.P. acceptait une campagne unitaire avec les staliniens.  

 

Telles étaient les difficultés politiques pour lesquelles Nin et Andrade avaient abandonné le mouvement pour la IVe Internationale.  Il est vrai que les partisans de la IV- Internationale constituaient de petites organisations, à côté des partis réformistes d'Europe.  Mais ils offraient au P.O.U.M. la forme d'aide la plus précieuse et la plus rare : une analyse marxiste conséquente des événements espagnols et un programme révolutionnaire pour vaincre le fascisme.  Nin était plus -" pratique ", et laissa ainsi passer l'occasion de diriger la révolution espagnole.

 

Le POUM et la politique de Staline :

Un incident extraordinaire mérite d'être rapporté . le 27 novembre 1936, la Batalla était en mesure de démontrer que la C.N.T., l'U.G.T., le P.S., la Gauche républicaine étaient tous favorables à une représentation du P.O.U.M. dans la junte de défense de Madrid.  Pourtant, il ne fut pas représenté.  Comment fut-il- possible à la seule opposition stalinienne d'empêcher le P.O.U.M., avec ses colonnes de miliciens sur tous les fronts, d'être représenté ? Les staliniens seuls pouvaient-ils exercer un droit de veto ? La réponse, c'est l'intervention de l'ambassade soviétique. "Il est intolérable que, en échange de l'aide qu'ils nous fournissent, ils puissent tenter de nous imposer des normes politiques définies, des vetos définis, intervenir dans notre politique et même la diriger", se plaignait la Batalla.  

 

La note de réponse au P.O.U.M. que le consul général Ovséenko adressa à la presse n'a sans doute pas d'équivalent dans toute l'histoire antérieure de la diplomatie.  Elle parut en éditorial dans Mundo obrero, dénonçant les "manœuvres fascistes du P.O.U.M., [ ... ] ennemi de l'Union soviétique". Mais avant la fin de l'année, Ovséenko alla plus loin.  Le 7 décembre, le P.O.U.M. fit appel à la Generalidad pour donner asile à Léon Trotsky.  Avant même que la Generàlidad ait pu répondre, le consul général soviétique déclara à la presse (comme la Prensa le rapporta) que si l'on autorisait Trotsky à entrer en Catalogne, le gouvernement soviétique cesserait toute aide à l'Espagne.  Véritablement, les purges staliniennes avaient passé les frontières.

 

 

Par Jean-Louis bargès - Publié dans : Histoire et Politique
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Samedi 17 novembre 6 17 /11 /Nov 23:55

Débat sur la Révolution d'octobre

Ce qui est venu dans le débat après l'exposé sur la Révolution d'octobre 1917 en Russie :

  • Il y a eu rapidement interdiction des partis, l'interdiction des fractions etc. Au fond, il s'agissait déjà de l'interdiction de penser autrement ! Surtout quand on pense qu'il s'agissait de l'interdiction de partis soviétiques, qui avaient participé à la révolution.
  • "le parti doit diriger en lieu et place du prolétariat". C'est à dire qu'une minorité au pouvoir pourra décider à la place du peuple, à la place de tous ?
  • En se séparant ainsi de la base sociale, la bureaucratie deviendra le seul élément de gouvernement.
  • La question que nous nous posons : le ver du stalinisme, de la dégénérescence de la révolution était-il dans le fruit dès le début ?
  • La Tcheka était-elle autre chose qu'un pur outil de répression ? "L'une des plus graves erreurs des bolcheviks" diront certains.
  • Que devient au cours de la révolution, après la NEP, le prolétariat révolutionnaire ?

Il serait trop long de citer toutes les interventions, mais peut-être peut on évoquer, pour résumer quelques unes d'entre elles, des citations de militants réflechissant sur le processus révolutionnaire?

"Les bolcheviks ont, de même, posé immédiatement comme but à cette prise du pouvoir le programme révolutionnaire le plus avancé : non pas défense de la démocratie bourgeoise, mais dictature du prolétariat en vue de la réalisation du socialisme. Ils ont ainsi acquis devant l’histoire le mérite impérissable d’avoir proclamé pour la première fois le but final du socialisme comme un programme immédiat de la politique pratique.

 

 

Tout ce qu’un parti peut apporter, en un moment historique, en fait de courage, d’énergie, de compréhension révolutionnaire et de conséquence, les Lénine, Trotsky et leurs camarades l’ont réalisé pleinement. L’honneur et la capacité d’action révolutionnaire, qui ont fait à tel point défaut à la social-démocratie, c’est chez eux qu’on les a trouvés. En ce sens, leur insurrection d’Octobre n’a pas sauvé seulement la révolution russe, mais aussi l’honneur du socialisme international."  (Qui avait soutenu la guerre mondiale, entre autre).

Ecrit Rosa Luxemburg (1918)

Mais elle expose aussi un point de vue théorique critique qui alimente même aujourd'hui les débats sur la transformation sociale:

Dans sa brochure de 1918 sur la Révolution russe, elle s’exprime sur la révolution et la démocratie. En voilà de courts extraits :
"La réalisation du socialisme par une minorité est inconditionnellement exclue, puisque l’idée du socialisme exclut justement la domination d’une minorité...
"L’action constamment vivace de l’opinion et de la maturité politique des masses devrait donc, juste en période de révolution, déclarer forfait devant le schéma rigide des enseignes de partis et des listes électorales ? Tout au contraire ! C’est justement la révolution qui, par son effervescence ardente, crée cette atmosphère politique vibrante, réceptive, qui permet aux vagues de l’opinion publique, au pouls de la vie populaire d’agir instantanément, miraculeusement sur les institutions représentatives...  
Cette action constamment vivace de l’opinion et de la maturité politique des masses devrait donc, juste en période de révolution, déclarer forfait devant le schéma rigide des enseignes de partis et des listes électorales ? Tout au contraire ! C’est justement la révolution qui, par son effervescence ardente, crée cette atmosphère politique vibrante, réceptive, qui permet aux vagues de l’opinion publique, au pouls de la vie populaire d’agir instantanément, miraculeusement sur les institutions représentatives...
Certes, toute institution démocratique, comme toute institution humaine, a ses limites et ses lacunes. Mais le remède qu’ont trouvé Lénine et Trotski — supprimer carrément la démocratie — est pire que le mal qu’il est censé guérir : il obstrue la source vivante d’où auraient pu jaillir les correctifs aux imperfections congénitales des institutions sociales, la vie politique active, énergique, sans entraves de la grande majorité des masses populaires. »...
"La société nouvelle doit s’inventer sans mode d’emploi, dans l’expérience pratique de millions d’hommes et de femmes. Le programme du parti n’offre à ce propos que « de grands panneaux indiquant la direction », et encore ces indications n’ont-elles qu’un caractère indicatif, de balisage et de mise en garde, plutôt qu’un caractère prescriptif. Le socialisme ne saurait être octroyé d’en haut. Certes, « il présuppose une série de mesures coercitives contre la propriété,etc. », mais, si « l’on peut décréter l’aspect négatif, la destruction », il n’en est pas de même de « l’aspect positif, la construction : terre neuve, mille problèmes. » Pour résoudre ces problèmes, la liberté la plus large, l’activité la plus large, de la plus large part de la population est nécessaire. Or, la liberté, « c’est toujours au moins la liberté de celui que pense autrement ». Ce n’est pas elle, mais la terreur qui démoralise : « Sans élections générales, sans une liberté de presse et de réunion illimitée, sans une lutte d’opinion libre, la vie s’étiole dans toutes les institutions publiques, végète, et la bureaucratie demeure le seul élément actif. »
En fait, Rosa Luxemburg expose pratiquement tous les doutes, toutes les mises en question qui ont été exprimés lors du débat.
D'autres révolutionnaires, dès les début de la révolution, ont exprimé les mêmes doutes. Ainsi, P. Monatte, correcteur d'imprimerie ; militant syndicaliste révolutionnaire, fondateur en 1909 de la Vie ouvrière et en 1925 de la Révolution prolétarienne:
"Si nous ne pouvons pas détacher notre esprit de la Russie , c’est qu’elle a été le premier grand essai de révolution socialiste. Un essai qui a malheureusement échoué. Mais pourquoi a t-il échoué ? Par quelles erreurs ? En raison de quelles conditions ? Comment devrons-nous nous y prendre pour réussir là où les Russes ont échoué ?"
Laissons la conclusion très provisoire de ce débat à Mansoor Hekmat, qui a fondé le Parti communiste-ouvrier d’Iran, qui considèrait qu’il n’a jamais existé de pays socialistes, l’URSS et la Chine n’ayant pas aboli le salariat et l’exploitation: "Avec la révolution d’octobre 1917, le mouvement communiste ouvrier, mené par les Bolcheviks, est parvenu à briser le pouvoir d’état de la classe dominante, mettre en place le pouvoir ouvrier et même à battre les efforts militaires de la réaction vaincue pour restaurer son pouvoir perdu. Mais en dépit de cette victoire politique, la classe ouvrière russe a finalement échoué à transformer les rapports de production, c’est-à-dire à abolir le travail salarié et à transformer les moyens de production en propriété commune."
Par Cercle Jacques Decour - Publié dans : Histoire et Politique
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Samedi 17 novembre 6 17 /11 /Nov 17:15

REVOLUTION D'OCTOBRE 1917 EN RUSSIE

L'exposé de Philippe Branger sur la révolution d'octobre a permis de mettre en évidence l'importance de ces "Dix jours qui ébranlèrent le monde". En effet, pendant 70 ans, la révolution Russe, qui a donné naissance à l'Union Soviétique, a été la référence de bien des mouvements politiques, socialistes, communistes, anarchistes... Soit comme exemple, soit comme repoussoir pour toute action politique en quête de transformation sociale.

Il a exposé l'ensemble du déroulement de la Révolution d'octobre, de février 1917 à la "Nouvelle Politique Economique" en 1921, et la mort de Lénine, en 1924.

La Révolution d'Octobre ne peut s'apréhender qu'en prenant en compte la guerre de 1914, horriblement meurtrière, et provoquant misère, malnutrition, mortalité infantile, marasme économique etc. Le conflit mondial est le catalyseur de tous les maux, de la crise agraire, de la profonde détresse de la vie quotidienne. Cette situation provoque des grèves, des insurrection, et, pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne, la formation de conseils d'ouvriers, de soldats, de quartiers, qui détiennent une grande partie des pouvoirs. Une véritable démocratie de classe s'installe, parallèlement au gouvernement provisoire de kerenski, qui ne maîtrise plus rien.

Lénine arrive à Pétrograd en avril. Il publie ses thèses d'avril, pour la révolution permanente. Il demande "tout le pouvoir aux soviets" (les conseils). Avec le Parti Bolchevik, il prend la direction du processus révolutionnaire. Le bolchevisme devient la référence de toute l'action révolutionnaire.

Dans la nuit du 24 au 25 octobre (dans l'ancien calendrier tsariste, ce qui correspond à la nuit du 6 au 7 novembre). Un Comité militaire révolutionnaire dirigé par Trotski et composé d’ouvriers armés, de soldats et de marins est créé et prépare l'insurrection destinée à remettre le pouvoir au congrès pan-russe des soviets. En quelques heures, le Comité Révolutionnaire prend le pouvoir. Il est formé de plusieurs partis politiques : essentiellement, des bolchviks et des Socialistes Révolutionnaires de gauche.

Rapidement, le congrès des soviets demande quelles seraient les conditions d'une paix immédiate. Un gouvernement provisoire est formé, qui ne sera composé que de Bolchviks. Les autres partis refusent d'y participer. Mais il n'y a pas eu de coup d'Etat. Les Bolcheviks sont bien le premier parti soviétique. Ils ont une influence prépondérante et, dans le grand bouillonnement révolutionnaire, ils deviennent pour les masses un élément constitutif de leur propre activité. La grande majorité du peuple le suit.

Dès le mois de novembre, l'assemblée constituante est formée.

Les Bolcheviks sont minoritaires avec 175 élus sur 707 députés. Les campagnes ont préféré voter pour les socialistes révolutionnaires. La dissolution de la Constituante par les gardes rouges suit immédiatement sa première réunion, le 19 janvier 1918. Vingt des manifestants protestant contre la décision sont tués : Maxime Gorki saluera en eux, à leurs obsèques, les martyrs d’une expérience démocratique de quelques heures à peine, attendue pendant cent ans. Le marxiste Charles Rappoport écrit à l’époque : « Lénine a agi comme le tsar. En chassant la Constituante , Lénine crée un vide horrible autour de lui. Il provoque une terrible guerre civile sans issue et prépare des lendemains terribles. » ( La Vérité , 26 janvier 1918)

La "paix" sera chèrement payée :

Un armistice est signé le 15 décembre, et des pourparlers de paix commencent le 22 décembre, la délégation russe étant conduite par Trotski. Les exigences allemandes sont énormes : la Pologne , la Lituanie , et la Russie Blanche doivent rester sous occupation allemande. Un débat fait rage entre les bolcheviks au sein du parti bolchevik où trois positions s'affrontent. Certains, comme Boukharine défendent la nécessité d'une guerre révolutionnaire, Lénine pense qu'il faut céder le couteau sous la gorge, et Trotski qui l'emporte par 9 voix contre 7, propose de refuser de signer une paix d'annexion mais déclarer la fin de la guerre.

 En réaction l'armée allemande lance une offensive le 17 janvier, qui avance rapidement en Ukraine. La position de Lénine pour la signature immédiate de la paix l'emporte alors le 18 janvier dans le parti, mais les conditions exigées par les Allemands se sont encore aggravées. Le 3 mars 1918, les bolcheviks signent le traité de Brest-Litovsk qui ampute la Russie de 26% de sa population, 27% de sa surface cultivée, 75% de sa production d'acier et de fer. La situation économique de la jeune république soviétique, déjà ravagée par une guerre meurtrière de 4 ans semble désespérée.

La création de la Tcheka  :

Le 20 décembre 1917, la « Commission extraordinaire de lutte contre le sabotage et la contre-révolution » (en russe Vétcheka), plus communément appelée Tcheka est fondée. Selon Pierre Broué, la Tcheka , créée en décembre 1917 commence vraiment à frapper à partir de mars au moment de l’offensive allemande. Mais c’est au cours de l’été 1918 que les choses changent brutalement, avec l’insurrection des SR de gauche de Moscou et une série d’attentats contre les dirigeants bolcheviks, Lénine grièvement blessé par Fanny Kaplan elle-même sommairement exécutée peu après.

 

 

  Déclarant s’inspirer de l’exemple des Jacobins  de la Révolution française, les dirigeants bolcheviks déclarent opposer à la « terreur blanche » la « terreur rouge ». Selon la Tchéka elle-même, il y a 22 exécutions dans les six premiers mois de 1918, 6 000 pour les six derniers. Bien que ces chiffres soient probablement largement sous-estimés, ils montent l'intensification de la répression à partir du début de la guerre civile. Selon l’historien Chamberlain (cité par Broué), la terreur rouge pourrait avoir fait environ 50 000 victimes.

 Victor Serge fait remarquer que l’ensemble de la terreur rouge a fait bien moins de victimes que certaines journées de la bataille de Verdun. Il estime néanmoins que la création de la Tcheka et ses procédures secrètes est la plus grave erreur du pouvoir bolchevique. Il note toutefois que la jeune république vivait sous des « périls mortels » et que l’initiative de la terreur blanche a précédé celle de la terreur rouge.

La guerre civile :

Le grand Quartier Général (la « stravka ») de l’armée Russe annonce le 31 octobre sa volonté de marcher sur Petrograd « afin d’y rétablir l’ordre ». Rejoint par les chefs du parti SR, il propose la création d’un « gouvernement de l’ordre ». Cependant, la masse des soldats passe peu à peu aux bolcheviks, arrêtant les officiers. Le 9 novembre, Lénine appelle les soldats à s’opposer à la tentative contre-révolutionnaire des officiers, à élire des représentant et engager directement des négociations d’armistice. Le 18 novembre, l’état-major doit fuir dans le sud, le généralissime Doukhonine étant massacré par ses propres soldats.

Dans les semaines qui suivent, des milliers d’officiers et de junkers rejoignent la région du Don. Une armée blanche de 3 à 4000 hommes est montée par le général tsariste Alekseev. Cette armée réprime dans les sang les soulèvements ouvriers à Rostow et Taganrog, les 26 novembre et 2 janvier. Les gardes rouges ouvrières de Moscou et Petrograd convergent vers le sud et mènent une guerre de partisans, qui finissent par chasser Kornilov. Le soulèvement des cosaques de l’Oural se termine par une défaite. Sur le front roumain, l’armée se décompose en détachements blancs, qui rejoindront l’armée blanche de Denikine, et en régiments rouges.

Et il y avait d’autres problèmes qui ne pouvaient trouver leur solution sans l’aide de révolutions à l’ouest. Pour commencer, le monde capitaliste n’acceptera jamais une révolution socialiste en Russie. Et, en fait, tous les pays industriels (y compris notre chère France) ont envahi la Russie révolutionnaire et/ou financé les forces contre-révolutionnaires. Tous les mouvements révolutionnaires ont échoué, réprimés dans un bain de sang. La révolution mondiale attendue ne viendra pas.

 La révolution russe a dû faire front à toutes ces attaques et à son isolement. 

 Il a fallu instaurer le "communisme de guerre". Un durcissement très net du régime dirigé par les bolcheviks . Pour faire face à la disette, à la baisse de la production industrielle, on assiste à une militarisation de l'économie. "Une économie de caserne" est instituée, avec création d'un livret de travail, contre laquelle les syndicats vont protester.

Le 28 février 1921, les marins de la citadelle de Cronstadt se révoltent au nom de la démocratie et du socialisme. Ils sont massacrés par l'Armée rouge de Trotski.

Dans son rapport de mars 1921 au Xe Congrès du PC, Lénine déclare : «Les faits sont là. La Russie est menacée de famine. Tout le système du communisme de guerre est entré en collision avec les intérêts de la paysannerie (...). Nous nous sommes trop avancés dans la nationalisation du commerce et de l'industrie, dans le blocage des échanges locaux. Est-il possible de rétablir dans une certaine mesure la liberté du commerce ? Oui, c'est possible. C'est une question de mesure. Nous pouvons revenir quelque peu sur nos pas sans détruire pour cela la dictature du prolétariat.»

 Le 16 mars 1921, le Xe Congrès du Parti communiste russe adopte le rapport de Lénine.

L'État reste propriétaire de la terre et des moyens de production, il garde le contrôle des banques, des transports et du commerce extérieur ; il regroupe les grandes industries nationalisées au sein de trusts d'État systématiquement favorisés par les investissements publics.

 

 

 

 

 

 

A côté de ce secteur étatique, la NEP autorise l'ouverture d'un secteur privé en rétablissant la liberté du commerce intérieur. Les paysans sont les premiers bénéficiaires de la réforme. La fin des réquisitions et le remplacement des impôts forcés par un impôt unique en nature, fixé chaque année, les encouragent à écouler leurs surplus.

En outre, un code agraire édicté l'année suivante, en 1922, permet aux communes rurales de redistribuer les terres et d'en déterminer le mode d'exploitation (location, fermage, métayage) en vue d'un rendement optimal.

Toujours dans le dessein d'améliorer les conditions de vie de la population, l'industrie lourde cède le pas à l'industrie légère. Le 7 juillet 1921, les entreprises de moins de vingt ouvriers sont dénationalisées.

Les révolutionnaires font même appel aux capitalistes en instaurant le 13 mars 1922 des sociétés mixtes au capital fourni pour moitié par l'État et pour moitié par des groupes occidentaux (beaucoup d'Américains y répondent favorablement).

Un peu plus tard, le secteur public lui-même renonce à l'égalité des salaires dans les grandes usines et restaure une hiérarchie fondée sur la compétence.

En restaurant partiellement l'économie de marché, la NEP va sauver le pouvoir léniniste. Sa réussite sera spectaculaire. Paysans, commerçants et petits entrepreneurs reprennent goût au travail et aux échanges. Le chômage est résorbé. Qui plus est, les communistes russes gagnent la confiance des capitalistes américains. Capitaux et techniciens occidentaux s'investissent dans la «patrie du communisme réel» pour reconstruire les infrastructures.

Dès 1926, la production industrielle dépasse de 8% le niveau d'avant guerre. La production agricole rattrape à son tour ce niveau en 1928 !

Maintenant, alors que rien ne semble rester de la Révolution d’octobre (l’avenir montrera si c’est une illusion), on peut au moins dire : « Acculés au mur, ils ont osé ». Ils se sont lancés dans une contre-offensive audacieuse qui avait au moins une chance d’être victorieuse, au lieu de se replier dans une tactique défensive impuissante. Aujourd’hui, lorsque la survie même de l’humanité est en jeu, il y a peut-être quelque chose à apprendre à cette Révolution.

Le débat qui a suivi l'exposé a montré combien étaient cruciales les questions posées à partir de cet évènement majeur de l'histoire mondiale, et surtout en fonction de son devenir. Que faire, que penser, alors que l'échec de toutes les tentatives de construire une société socialiste, ou communiste ont échoué, se sont évanouïe dans l'histoire, ou se sont transformées en sociétés sclérosées, en systèmes de type capitaliste sauvage ? 

 

Le néocapitalisme impose une société fondée sur des inégalités toujours plus grandes, sur le mépris des salariés, sur l'absence de liberté réelle. Comment entreprendre son dépassement, son renversement, comment bâtir une société différente, en évitant les errements qui ont entrainé les pays du "socialisme réel" à leur propre liquidation.

 

 

 

 

Par Philippe Branger - Publié dans : Histoire et Politique
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Dimanche 28 octobre 7 28 /10 /Oct 23:08

Nous avons eu autour du CHE une soirée de débats qui a montré que, au-delà de l'icône surmédiatisée et marchandisée,  il représentait un véritable courant révolutionnaire, il développait une pensée d'avant-garde dont toute la signification n'a pas encore été analysée ni assumée. Afin de contribuer au débat, nous proposons une série de ses citations que nous pensons significatives, pour éclairer aussi la théorie et la pratique aujourd'hui.

Frases y citas prononciadas por Ernesto Che Guevara :

Che Guevara est l’être humain le plus complet de notre époque
 
"El revolucionario verdadero está guiado por grandes sentimientos de amor".
 
Le révolutionnaire véritable est guidé par de grands sentiments d’amour.
 
…todos los días hay que luchar por que ese amor a la humanidad viviente se transforme en hechos concretos, en actos que sirvan de ejemplo, de movilización.
 
Tous les jours il faut lutter pour que cet amour vivant de l’humanité se transforme en faits concrets, en actes qui servent d’exemple et de motivation.
No se trata de cuántos kilogramos de carne se come o de cuántas veces por año pueda ir alguien a pasearse por la playa, ni de cuántas bellezas que vienen del exterior puedan comprarse con los salarios actuales. Se trata, precisamente, de que el individuo se sienta más pleno, con mucha más riqueza interior y con mucha más responsabilidad.
 
Il ne s’agit pas de savoir combien de kilogrammes de viande on mange ou combien de fois par an on peut partir se promener à la plage, ni combien de belles choses qui viennent d’ailleurs on peut acheter avec les salaires actuels. Il s’agit précisément de faire en sorte que l’individu se sente plus accompli, avec beaucoup plus de richesses intérieure et avec beaucoup plus de responsabilité.
 
Por que el socialismo…no se ha hecho simplemente para tener hermosas fábricas, sino se ha hecho para el hombre integral.
 
Car le socialisme ne s’est pas construit simplement pour avoir de belles entreprises, il se construit pour l’avènement de l’homme intégral
El hombre debe transformarse al mismo tiempo que la producción progresa; no realizaríamos una tarea adecuada si fuéramos tan sólo productores de artículos, de materias primas y no fuéramos al mismo tiempo productores de hombres.
 
L’homme doit se transformer en même temps que la production progresse ; nous n’effectuerons pas un travail adéquat si nous ne sommes que des producteurs d’articles, de matières premières, et si nous ne sommes pas en même temps producteurs d’hommes.
 
El socialismo económico sin la moral comunista no me interesa. Luchamos contra la miseria pero al mismo tiempo luchamos contra la alienación…
- Entrevista, julio de 1963.
 
Le socialisme économique, sans la morale communiste, ne m’intéresse pas. Nous luttons contre la misère mais en même temps nous luttons contre l’aliénation (Interview de juillet 1963).
 
"Muchas veces debemos cambiar todos nuestros conceptos, no solamente los conceptos generales, los conceptos sociales y filosóficos, sino también, a veces, los conceptos médicos, y veremos que no siempre las enfermedades, se tratan como se trata una enfermedad en un hospital, en una gran ciudad; veremos entonces, cómo el médico tiene que ser también agricultor,… un poco pedagogo … cómo tendremos que ser políticos también; como lo primero que tendremos que hacer no es ir a brindar nuestra sabiduría, sino ir a demostrar que vamos a aprender con el pueblo".
Très souvent, nous devons changer tous nos concepts, pas seulement les concepts généraux, les concepts sociaux et philosophiques, mais aussi, parfois, les concepts médicaux, et nous verrons que non seulement les maladies doivent se traiter comme se traitent la maladie dans un hôpital, dans une grande ville ; nous verrons aussi que le médecin doit être aussi un agriculteur, ….un peu pédagogue… Et cele doit être pareil pour les politiques ; ce que nous devrons faire en tout premier lieu, ce n’est pas de brandir notre science, c’est de prouver que nous voulons apprendre, avec le peuple.
 
Lo que nosotros tenemos que practicar hoy, es la solidaridad. No debemos acercarnos al pueblo a decir: "Aquí estamos. Venimos a darte la caridad de nuestra presencia, a enseñarte con nuestra presencia, a enseñarte con nuestra ciencia, a demostrarte tus errores, tu incultura, tu falta de conocimientos elementales". Debemos ir con afán investigativo, y con espíritu humilde, a aprender en la gran fuente de sabiduría que es el pueblo".
- Discurso, agosto de 1960.
 
Ce que nous avons à pratiquer aujourd’hui, c’est la solidarité. Nous n’avons pas à nous approcher du peuple et à dire : nous voilà ! Nous venons te faire la charité de notre présence, t’enseigner par notre seule présence, t’inculquer notre science, te montrer que tu te trompes, que tu es inculte, qu’il te manque les connaissances élémentaires. Nous devons y aller avec un désir d’investigation, un esprit humble, pour apprendre à cette grande source de savoir qu’est le peuple. (Discours d’Août 1960).
 
"El capitalismo es el genocida más respetado del mundo"
Le capitalisme est le génocide le plus respecté du monde.
El individualismo en cuanto tal, como acción aislada de una persona en el ambiente social, debe desaparecer de Cuba. El individualismo debe ser, mañana, la realización completa de las capacidades de todo un individuo en beneficio absoluto de una colectividad. Uno de los objetivos fundamentales del marxismo es eliminar el interés, el factor "interés individual" y el lucro desde las motivaciones psicológicas.
L’individualisme en tant que tel, comme l’action isolée d’une personne dans le milieu social, doit disparaître de Cuba. L’individualisme doit être, demain, la réalisation complète des capacités de tout individu au bénéfice absolu de la collectivité. L’un des objectifs fondamentaux du marxisme est d’éliminer l’intérêt, le facteur « intérêt individuel » et le lucre de toute motivation psychologique.
 
 
"…Déjenme decirles, a riesgo de parecer ridículo, que el revolucionario verdadero está guiado por grandes sentimientos de amor…
 
Laissez-moi vous dire, au risque de paraître ridicule, que le véritable révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour.
 
"…Hay que tener una gran dosis de humanidad, una gran dosis de sentido de la justicia y de la verdad, para no caer en extremos dogmáticos, en escolasticismos fríos, en aislamiento de las masas…"
 
Il faut avoir une grande dose d’humanité, une grande dose de sens de la justice et de la vérité, pour ne pas tomber dans des extrémités dogmatiques, dans des scolastiques frileuses, en s’isolant des masses…
 
"…La moderación es otra de las palabras que les gusta usar a los agentes de la colonia.
Son moderados todos los que tienen miedo o todos los que piensan traicionar de alguna forma.
El pueblo no es de ninguna manera moderado."
- Mensaje a las juventudes, 28 de julio de 1960.
La modération est un autre de ces mots dont se gargarisent les agents de la colonisation.
Les modérés sont tous ceux qui ont peur, ou qui ont l’intention de trahir d’une manière ou d’une autre.
Le peuple n’est modéré en aucune façon.
Message à la jeunesse, 28 juillet 1960.
…nuestros ojos libres hoy son capaces de ver lo que ayer nuestra condición de esclavos coloniales nos impedía observar: que la "civilización occidental" esconde bajo su vistosa fachada un cuadro de hienas y chacales.
- Discurso en la ONU, 1964
 
Nos yeux, libres aujourd’hui, sont capables de voir ce que, hier, notre condition d’esclaves coloniaux nous empêchait d’observer : la « civilisation occidentale » cache sous sa voyante façade une meute de hyènes et de chacals. Discous à l’ONU, 1964.
 
 
"Sean capaces siempre de sentir, en lo más hondo, cualquier injusticia realizada contra cualquiera, en cualquier parte del mundo. Es la cualidad más linda del revolucionario."
 
 
Etre capable toujours de sentir, au plus profond de soi, toute injustice commise contre tout homme, dans toutes les parties du monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnair
 
"La revolución se lleva en el corazón no en la boca para vivir de ella"
 
 
La révolution se porte dans le cœur, pas dans la bouche, pour en vivre.
…no ponemos condición de ninguna clase a los Estados Unidos. No queremos que ellos cambien su sistema. No pretendemos que cese la discriminación racial en los Estados Unidos. No ponemos condición alguna para el establecimiento de relaciones, pero tampoco aceptamos condiciones…
- 14 de diciembre de 1964.
Nous ne posons de condition d’aucune sorte aux Etats-Unis. Nous ne voulons pas qu’ils changent leur système. Nous ne prétendons pas que cesse la discrimination raciale aux Etats-Unis. Nous ne posons aucune condition,pour l’établissement de relations, mais nous n’acceptons pas non plus de conditions. 14 décembre 1964
 
… que el pasado sigue pesando en nosotros; que la liberación de la mujer no está completa. Y una de las tareas de nuestro Partido debe ser lograr su libertad total, su liberación interna, poque no se trata de una obligación física que se imponga a las mujeres para retrotraerse en determinadas acciones; es también el peso de una tradición anterior.
- 24 de marzo de 1963.
 
Le passé continue à peser sur nous, ainsi la libération de la femme n’est pas complète. Et l’un des devoirs de notre Parti est de parvenir à cette liberté totale, à la libération interne, car il s’agit d’une obligation physique qui s’impose aux femmes, qui les empêche d’agir. C’est le poids de la tradition antérieure.
 
24 mars 1963.
 
El estímulo moral, la creación de una nueva conciencia socialista, es el punto en que debemos apoyarnos y hacia donde debemos ir, y hacer énfasis en él.
El estímulo material es el rezago del pasado, es aquello con lo que hay que contar, pero a lo que hay que irquitándole preponderancia en la conciencia de la gente a medida que avance el proceso. Uno está en decidido proceso de ascenso; el otro debe estar en decidido
proceso de extinción. El estímulo material no participará en la nueva sociedad que se crea, se extinguirá en el camino y hay que preparar las condiciones para que el tipo de movilización que hoy es efectiva, vaya perdiendo cada vez más su importancia y la vaya ocupando el estímulo moral, el sentido del deber, la nueva conciencia revolucionaria.
- 24 de marzo de 1963
 
Le stimulant moral, la création d’une nouvelle conscience socialiste, est le point sur lequel nous devons nous appuyer et vers lequel nous devons aller, ce que nous devons promouvoir absolument.
Le stimulant matériel est un cadeau du passé, nous devons faire avec, il faut agir de manière prépondérante dans la conscience du peuple pour s’en éloigner au fur et à mesure qu’avance le processus (révolutionnaire). L’un est en phase d’ascension, l’autre doit être en phase d’extinction. Le stimulant matériel ne participera pas à la nouvelle société qui se crée, il s’éteindra en chemin et il faut préparer les conditions pour que ce type de motivation (matérielle) qui aujourd’hui est effectif perde chaque fois de son importance pour que la remplace le stimulant moral, le sens du devoir,la nouvelle conscience individuelle. 24 mars 1963 .

 

Par Cercle Jacques Decour - Publié dans : Histoire et Politique
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Mercredi 4 avril 3 04 /04 /Avr 23:21

Après la séance du Jeudi 22 mars au C.N.P. - Cinémas Studio - Tours

  "Mémoire collective": refoulement et instrumentalisation.

 Avec la projection du film : "L'insurrection de l'Ile Rouge" (Madagascar) (Sur la révolte malgache de 1947.)

Ce que raconte ce film sur Madagascar et la politique Française  en 1947, c’est l’histoire d’une résistance populaire et d’un crime colonial français.

1947… Deux ans après une guerre qui a fait des millions de morts, et qui a été en France une guerre de répression sauvage sur les résistants engagés dans une juste lutte de libération nationale. Deux ans après la parution du programme progressiste du Conseil National de la Résistance. Heureusement, en France, il s’est trouvé des voix et des organisations pour prendre la défense du peuple malgache martyrisé :

Le secours Populaire Français envoie des avocats pour défendre les inculpés. (Les avocats locaux en ont reçu l’interdiction).

 Parmi eux, Henri Douzon, ancien des maquis. Il est menacé, attaqué, laissé pour mort dans la brousse. Il sera ensuite un vaillant avocat des causes anticolonialistes.

 En France, les communistes dénoncent « l’entêtement criminel desautorités coloniales ». Les tribunaux d’exception vont fonctionnerjusqu’en 1954 !  La responsabilité du gouvernement Ramadier, aujourd’hui, en 2007, n’est toujours pas reconnue officiellement.

En 2005, Jacques Chirac, lors d’un voyage à Madagascar, s’est contenté 

de dénoncer le « caractère inacceptable des répressions engendrées par

les dérives du système colonial. »

    Un colloque de l'Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA) a été conclu par contre dans ces termes par Jean Suret-Canal[1] : « Je tiens pour ma part la colonisation dans son principe comme un crime contre l’humanité, les excès répressifs n’en étant que l’aboutissement. »

     Nous sommes mis en présence de deux interprétations différentes du même événement. L’une incontestablement de droite, digne de ceux qui cherchent un « côté positif à la colonisation » L’autre fidèle à l’histoire des luttes anticoloniales de la gauche depuis Jaurès.

  •  En Algérie, à Sétif et Constantine, le 8 mai 1945. Une date dont on ferait bien de se souvenir. Le même jour que la capitulation de l’Allemagne nazie, le 8 mai 1945, les populations du Constantinois, à Sétif et Guelma, en Algérie, manifestent pour leur droit à l’indépendance. Il s’en suivra l’une des répressions les plus sanglantes de l’histoire coloniale française, par la suite « collectivement et délibérément occultée ». Aujourd’hui, alors que les débats continuent sur le nombre de victimes occasionnées par les colons, de 1 500 à 45 000 morts, la représentation diplomatique française en Algérie, en la personne de l’Ambassadeur Hubert Colin de Verdière, a pour la première fois depuis 1945 qualifié cet épisode, jusqu’alors resté plutôt « discret », de « tragédie inexcusable ».
  •   En Indochine, de 1946-1954 : 1945, 1946,1947, c’était l’époque  où, dans le grand élan de la libération, dans le sillage du Conseil National de la Résistance et de son programme régnait l’illusion de « l’Union Française » au sein de laquelle les peuples colonisés devaient trouver, aidés par un pouvoir qu’on croyait progressiste, le chemin de l’émancipation. Fameuse utopie ! Pulvérisée par le bombardement de Haiphong alors qu’avait été signé 8 mois plus tôt un accord qui faisait du Viêt-Nam un « état libre ».

  • Dans la mémoire collective il y a aussi le souvenir de ceux qui ont lutté contre le colonialisme et ses violences extrêmes. La solidarité prolétarienne n’était pas alors un vain mot : on refuse de charger le matériel de guerre pour l’Indochine, par exemple… On est emprisonné, comme Henri martin. On meurt à Charonne… On a manifesté contre la guerre des américains au Viêt-Nam…On se bat aussi pour la reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961.

     Et quand on regarde le monde aujourd’hui, du côté de la Palestine , du côté de l’Irak, ou ailleurs, on sait qu’il y aura encore bien des batailles à mener. Et quand on choisit la résistance, on n’a pas de problème de mauvaise conscience, on sait qu’on a fait le choix de la libération des territoires et des peuples.

    Cela au nom d’un principe qu’exprime Eluard : « La liberté d’un peuple oriente tous les peuples, Un innocent aux fers enchaîne tous les hommes ».

  • De même, pour ce qui me concerne, un coupable sauvagement torturé et/ou exécuté.


    [1] Jean Suret-Canale, Engagé de la première heure et responsable dans la résistance, il est historien géographe, Docteur d'État, spécialiste de l'histoire de l'Afrique noire et en particulier de l'histoire de la colonisation. Il a publié de nombreux ouvrages.

Par Jean-Louis Bargès - Publié dans : Histoire et Politique
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